Transformation bleue des ports : Tanger devient le centre névralgique du développement halieutique africain

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À Tanger, responsables politiques, experts et acteurs du secteur halieutique africain se sont réunis du 4 au 6 mars 2026 à l’initiative de la Conférence Ministérielle sur la Coopération Halieutique entre les États Africains Riverains de l’Océan Atlantique (COMHAFAT/ATLAFCO) pour réfléchir à l’avenir des ports de pêche de la région. Cet atelier stratégique vise à accélérer la transformation des infrastructures portuaires vers le modèle de « port bleu », conciliant performance économique, protection des écosystèmes marins et inclusion des communautés de pêche artisanale.

Tanger, Royaume du Maroc – Du 4 au 6 mars 2026, la ville du détroit a accueilli un événement majeur pour l’avenir de la pêche en Afrique : l’atelier intitulé « Vers la mise en œuvre de la transformation bleue des ports de pêche dans la région de la COMHAFAT ». Réunissant les représentants des pays membres de la COMHAFAT/ATLAFCO, cette rencontre a posé les jalons d’une modernisation durable des infrastructures portuaires de la région.

Une ouverture placée sous le signe de l’engagement régional

Lors de l’ouverture officielle, M. Taoufik El Ktiri, Secrétaire Exécutif de la COMHAFAT, a chaleureusement accueilli les participants en rappelant les prérogatives essentielles de l’organisation dans la gestion durable des ressources halieutiques. M. Yassine Elaroussi, représentant le Maroc, a ensuite souligné l’adhésion ferme du Royaume à l’initiative « Port Bleu ». Il a rappelé que les ports ne sont pas de simples infrastructures, mais des « maillons essentiels de la chaîne halieutique », des lieux d’organisation sociale et des points d’ancrage du développement durable. Pour lui, leur adaptation aux exigences contemporaines est un enjeu stratégique régional.

Le représentant de la présidence de la COMHAFAT (Guinée) a exhorté les pays membres à un partage d’expériences intensif, affirmant que « transformez nos ports aujourd’hui, c’est préparer l’avenir du secteur de la pêche de notre région », tout en renforçant la sérénité et la préservation des écosystèmes marins.

Diagnostic et initiatives : Le modèle de Zarzis en vedette

La première session a permis de dresser un état des lieux des infrastructures de débarquement. Un point fort a été l’intervention de l’OMI sur le programme OceanLitter (accessible via oceanlitter.imo.org), visant à réduire les déchets plastiques marins.

L’attention s’est particulièrement portée sur l’excellente présentation de M. Naoufel Haddad, de l’Observatoire des Médias pour une Pêche Durable en Afrique (OMPDA/MOSFA), concernant le projet pilote du Port Bleu de Zarzis en Tunisie. Ce projet, soutenu par la FAO, repose sur trois piliers : environnemental, économique et social. M. Haddad a expliqué comment la co-construction d’une charte locale avec les pêcheurs artisans a permis de transformer le port en un hub durable, malgré des défis persistants comme la dépendance aux financements extérieurs. Ses recommandations ont insisté sur l’importance de faire des pêcheurs des « co-décideurs » et non de simples spectateurs.

Partenariats et stratégies pour 2030

Les intervenants ont également permis d’approfondir plusieurs cadres stratégiques majeurs pour l’avenir du secteur maritime et portuaire africain. La Stratégie africaine de l’économie bleue a été présentée par Delvis Fortes, représentant de AU-IBAR (African Union – Interafrican Bureau for Animal Resources). Lors de son intervention, il a rappelé que l’économie bleue constitue l’un des piliers du développement durable du continent africain, en intégrant la gestion durable des ressources halieutiques, la valorisation des chaînes de valeur de la pêche et de l’aquaculture, ainsi que la promotion d’infrastructures portuaires modernes et résilientes. Il a également souligné l’importance d’une coopération régionale renforcée afin de garantir une exploitation responsable des ressources marines et d’assurer la sécurité alimentaire et l’emploi dans les communautés côtières.

De son côté, Sanae El Amrani a présenté la stratégie portuaire du Maroc à l’horizon 2030, mettant en lumière les efforts du Royaume pour moderniser ses infrastructures portuaires, améliorer leur performance logistique et intégrer progressivement les principes de durabilité environnementale et d’économie bleue dans la gestion des ports.

Cet atelier continuera ses travaux le 5 et 6 mars 2026 afin d’élaborer une feuille de route commune pour la région. L’ambition est claire : standardiser un « Label Port Bleu Africain » pour que l’avenir de la pêche sur le continent soit résolument durable et inclusif.

Naoufel Haddad