La voix des pêcheurs artisans du monde unifiée

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Par Naoufel Haddad, à Rome ( Italie) 04/09/2022

Un sommet de la Pêche Artisanale de 2 jours, organisé en présentiel, s’est ouvert le samedi 3 septembre 2022 à Rome, capitale de l’Italie, afin de promouvoir le dialogue entre les acteurs de la pêche artisanale, les partenaires clés et les décideurs avant le Comité des pêches de la FAO (COFI). 

L’initiative vient du Groupe de Travail du CIP pour la pêche, de la Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée (la CGPM, via les Amis de la Pêche Artisanale en Méditerranée) et du Hub SSF, et avec le soutien de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Elle veut ainsi apporter sa contribution à la célébration en 2022 de ‘’l’Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales’’ (AIPAA), votée par l’assemblée générale de l’ONU.

Le groupe de travail sur la pêche de l’IPC souhaite saisir l’occasion de la 35 ème édition du COFI qui aura lieu conjointement avec l’AIPAA pour célébrer les mouvements issus de la pêche artisanale à travers le monde et, inviter différents réseaux de communautés SSF, peuples autochtones, travailleurs et jeunes artisans pêcheurs à assister à un rassemblement mondial en amont du Comité des pêches de la FAO (COFI).

Le sommet est marqué par la participation massive des deux grandes organisations mondiales le ICSF, WFF et WFFP et des organisations continentales telque la CAOPA.

Le secrétaire exécutif par intérim de la Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée Mr Manuel Barange, félicite la participation d’une centaine de représentants des organisations professionnelles de la pêche et des acteurs non-étatiques de toutes les régions du monde. Il a précisé de son intervention que le sommet est organisé pour donner la parole aux représentants des pêcheurs artisans et il est venu pour les écouter.

Il a précisé que le but de cet événement est de construire des points de vue communs autour de sujets cruciaux pour la survie et la dignité des artisans pêcheurs tout en créant un espace convergent de solidarité et en affirmant le rôle prépondérant que peuvent jouer ces mouvements pour changer le système de pêche mondial.

Le Sommet de la Pêche Artisanale s’est déroulé sur deux jours, à savoir : 

  • 3 septembre 2022 

Cette journée a été ouverte aux organisations de pêche artisanale, à la société civile et aux autres parties prenantes concernées. Elle a proposé différentes sessions pour partager des expériences, des bonnes pratiques et de nouvelles idées pour soutenir la pêche artisanale durable au niveau mondial.

La session arappelé brièvement les Directives volontaires pour assurer la durabilité de la pêche artisanale dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la pauvreté (Directives SSF) et le soutien nécessaire à leur mise en œuvre par le biais de la FAO. En outre, il examinera les résultats d’un projet dirigé par l’ICSF pour mettre en œuvre les directives SSF (2018-2020) au Brésil, Ghana, Inde, Indonésie, Myanmar, Philippines, Sri Lanka, Thaïlande et au Viet Nam. Sur cette base, il identifiera les principaux problèmes et défis auxquels sont confrontées les communautés de pêcheurs de la pêche artisanale dans le cadre d’une approche fondée sur les droits de l’homme, et discutera de la nécessité de développer des mécanismes, des processus et des institutions efficaces pertinents pour la pêche artisanale, en particulier en ce qui concerne les pêcheurs et travailleurs de la pêche vulnérables et marginalisés.

L’association MUNDUS MARIS a présenté son initiative pour le renforcement des capacités de SSF au Sénégal afin de fournir un soutien opérationnel aux Directives SSF à travers l’Académie SSF, mais sur d’autres d’expériences de travail dans d’autres pays africains.

  • 4 septembre 2022 

Un espace a été ouvert pour que les parties prenantes de la pêche artisanale puissent mener des réunions bilatérales et préparatoires informelles avant le COFI. Une session a été organisé pour partagé les principaux résultats du Sommet de la pêche artisanale et mettra en évidence les perspectives sur la mise en œuvre des Directives SSF. Ce dialogue facilité vise à renforcer la collaboration entre pêcheurs artisanaux, travailleurs et mouvements du secteur de la pêche, organisations de la société civile, ONG, institutions intergouvernementales et gouvernements. Ils partageront leurs points de vue, expériences et perspectives sur la manière de mettre en œuvre les Directives SSF afin d’apporter des éléments d’information constructifs, notamment à l’occasion du COFI 35 et du dialogue politique en cours.

Le soir, une réception a été organisée pour présenter les principaux résultats du Sommet de la Pêche Artisanale et pour célébrer l’AIPAA.

COFI en bref

Le Comité des pêches est la seule instance intergouvernementale mondiale où sont examinés les principaux enjeux et problèmes internationaux en matière de pêche et d’aquaculture, et où des recommandations sont adressées périodiquement aux gouvernements, aux organismes régionaux de pêche, aux ONG, aux travailleurs de la pêche, à la FAO et à la communauté internationale. Le prochain COFI (35ème session) est prévu pour les  5-9 septembre 2022 à Rome, Italie.

La CIP en bref

Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP) est une plateforme mondiale autonome et auto-organisée de petits producteurs alimentaires et d’organisations de travailleurs ruraux et de mouvements sociaux/communautaires de base ayant pour mission de faire avancer le programme de souveraineté alimentaire aux niveaux mondial et régional.

Plus de 6000 organisations et 300 millions de petits producteurs alimentaires s’auto-organisent à travers le CIP, partageant les principes et les 6 piliers de la souveraineté alimentaire tels que décrits dans la Déclaration de Nyeleni 2007 et le rapport de synthèse.

Le CIP facilite le dialogue et le débat entre les acteurs de la société civile, les gouvernements et d’autres acteurs dans le domaine de la Sécurité alimentaire et de la nutrition, en créant un espace de discussion autonome des partis politiques, institutions, gouvernements et secteur privé.

ICSF en bref

Le Collectif international de soutien aux travailleurs de la pêche (ICSF) est une organisation non gouvernementale internationale qui travaille à la mise en place d’une pêche équitable, autonome et durable, en particulier dans le secteur artisanal à petite échelle.

L’ICSF tire son mandat de la Conférence internationale historique des travailleurs de la pêche et de leurs partisans (ICFWS), tenue à Rome en 1984, parallèlement à la Conférence mondiale sur la gestion et le développement des pêches organisée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

En tant qu’organisation de soutien, l’ICSF s’engage à influencer les processus décisionnels nationaux, régionaux et internationaux dans le domaine de la pêche afin que l’importance de la pêche artisanale, des travailleurs de la pêche et des communautés de pêcheurs soit dûment reconnue.

WFF en bref

Le Forum mondial des pêcheurs et des travailleurs de la pêche (WFF) est une organisation internationale qui rassemble des organisations de pêcheurs à petite échelle pour l’établissement et le respect des droits fondamentaux de l’homme, de la justice sociale et de la culture des pêcheurs et des travailleurs de la pêche artisanaux / à petite échelle, affirmant la mer comme source de toute vie et s’engageant à maintenir les ressources halieutiques et aquatiques pour les générations présentes et futures afin de protéger leurs moyens de subsistance.

WFFP en bref

Le Forum mondial des peuples de pêcheurs (WFFP) est un mouvement social de masse de petits pêcheurs du monde entier, fondé le 21 novembre 1997 à New Delhi, en Inde, par un certain nombre d’organisations de masse du Sud. . Le WFFP a été créé en réponse à la pression croissante exercée sur la pêche artisanale, notamment la destruction de l’habitat, la pollution anthropique, l’empiètement sur les territoires de pêche artisanale par les flottes de pêche à grande échelle, la pêche illégale et la surpêche. Des années plus tard, le changement climatique a été ajouté à la liste des menaces auxquelles le WFFP s’attaque dans son travail.

Le WFFP compte 29 organisations membres de 23 pays et représente plus de 10 millions de pêcheurs du monde entier. Le WFFP aide ses membres à renforcer leurs capacités organisationnelles et défend les droits des pêcheurs à accéder aux ressources halieutiques et à les gérer, les droits de l’homme et la protection de la biodiversité naturelle. Le WFFP représente également les intérêts de ses membres aux niveaux régional et international.

Ils ont dit

M. Gaoussou Guèye, président de la Confédération africaine des organisations de la pêche artisanale (CAOPA)

je crois que ce sommet a été une bonne opportunité de rassembler la société civile, les organisations professionnelles, les ONG et les experts de la FAO pour dialoguer. À mon avis, ce dialogue doit continuer en permanence, mais dans une sincérité absolue.

Ce qui veut dire qu’aujourd’hui on a beaucoup chargé nos gouvernements. Mais il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement qui est en charge de la mise en œuvre des directives volontaires, parce que c’est eux qui l’ont adopté. Mais ils doivent travailler naturellement, en partenariat avec la société civile, les organisations professionnelles. Mais pour ça, il faut accepter ce dialogue avec nos gouvernements. On peut certes les critiqué de la même manière que nous-mêmes nous devons nous remettre en cause pour voir est ce que les communautés que nous représentons et nous sommes redevables vis-à-vis d’eux.

Certes, la mise en œuvre des directives incombe l’État, mais nous aussi, nous avons un rôle et une responsabilité à jouer en tant qu’organisation, c’est à dire d’aller voir nos communautés et leur expliquer  Qu’est ce que c’est les directives volontaires? Que représente cet instrument qui a été le premier instrument adopté pour la pêche artisanale ?

Béatrice Gurrey, coordinatrice de la coalition pour des accords de pêche équitable
(coalition qui rassemble des organisations non gouvernementales européennes d’environnement et de coopération à Bruxelles Belgique)

Nous avons participé au sommet sur la pêche artisanale qui est un moment  très important pour mettre en avant les valeurs de la pêche artisanale et son importance. Ça a été aussi une opportunité de rencontrer beaucoup d’organisations de pays latino-américains, de pays nord-africains, de pays asiatiques et donc de voir un petit peu aussi que les problèmes que les pêcheurs artisans rencontrent les hommes et les femmes rencontrent sont un peu pareil dans chaque pays.

Alors ce qui est important pour la mise en œuvre des directives pour une pêche artisanale durable, c’est vraiment le dialogue entre la pêche artisanale et les gouvernements nationaux et les organisations régionales. Et donc nous pensons qu’à l’occasion de ce comité des pêches de la FAO dont les membres sont les gouvernements, c’est vraiment très important que les organisations de pêche artisanale qui sont ici puissent entamer un dialogue continu, un dialogue avec leurs décideurs pour faire en sorte que les décideurs mettent de façon concrète les directives en application. Pour cela, nous avons soutenu un appel à l’action des organisations professionnelles de pêche artisanale de plusieurs continents d’Afrique, d’Amérique centrale, d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe, qui demandent justement aux décideurs de mettre pratiquement en œuvre les directives et de prendre des actions dans quatre domaines particuliers.

Le premier domaine, c’est l’accès aux ressources de pêche. Alors les pêcheurs souhaitent que les zones de pêche côtière soient réservées à la pêche artisanale, protégé de la pêche industrielle et des autres activités de l’économie bleue. Et que les gouvernements fassent un effort pour la cogestion de ces zones, c’est à dire la gestion qui soit partagée entre les pêcheurs, artisans et les gouvernements, d’une façon qui donne aussi les moyens aux pêcheurs artisans de bien remplir leurs responsabilités dans cette zone côtière.

Une autre priorité, c’est de reconnaître le rôle des femmes dans la pêche  artisanal et de reconnaître qu’elles sont vraiment des moteurs de l’innovation, des piliers des communautés côtières et que e le travail qu’elles font en matière de transformation en matière de commercialisation en matière au six e de gestion des familles. Ce travail là doit être soutenu financièrement et juridiquement.

Ensuite, une priorité aussi, qui est très important pour beaucoup de pêcheurs artisans, c’est d’être protégé de l’économie bleue ou des autres secteurs de l’économie Bleu qui sont en compétition avec eux. Donc ici, au comité des pêches de la FAO de cette année, le thème c’est la transformation bleue et pour beaucoup de pêcheurs artisans, c’est vraiment un peu une menace. Parce que, pour le moment, ils voient que les autres secteurs de l’économie bleue comme l’exploitation pétrolière, l’exploitation gazière, le tourisme aussi dans les zones côtières et les usines d’aquaculture sont en compétition avec eux et qui vraiment menace leur survie. Donc les pêcheurs artisans qui ont signé cet appel à l’action, demandent la mise en place d’une approche de précaution, c’est à dire qu’aucune nouvelle activité liée à l’économie bleue ne soit soutenu, ne soit permise par le gouvernement si elle met en péril les l’avenir des communautés côtières

Et enfin une chose qui est extrêmement très important, c’est la transparence et la redevabilité des gouvernements par rapport à ce qu’ils font avec la matière de politiques, mais aussi avec les financements qui sont reçus. Donc pour eux, pour les pêcheurs, ce qui est vraiment important, c’est qu’il y a un maximum de transparence, un maximum de redevabilité, parce qu’il n’y a que dans la transparence et avec un maximum d’informations sur ce qui est fait au niveau des politiques que les pêcheurs pourront vraiment prendre en main leur avenir.

Mme Margaret Nakato ( with Naoufel Haddad)
EXECUTIVE DIRECTOR World Forum of Fish Harvesters and Fish workers (WFF) et coordinateure KATOSI WOMEN DEVELOPMENT TRUST (UGANDA)

Cela fait presque deux ans que les organisations de pêcheurs ne sont pas réunis à cause du covid 19, qui a tout bouleversé. Nous sommes réunis ici, pour renouer avec d’autres organisations de pêcheurs du monde entier pour repenser ensemble les défis émergents dans la pêche artisanale, et de redéfinir la manière dont nous allons relever ces défis mondiaux qui menacent la pêche artisanale. Parmi ces défis on peut citer : l’expansion des économies bleues qui peut engendrer l’augmentation des conflits entre les pêcheurs artisans et l’aquaculture , les problèmes de changement climatique, qui ont un impact sur la pêche artisanale, la pollution des plans d’eau et le rôle le plus important que peut jouer les organisations professionnelles en ce moment où nous célébrons l’année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales et la décennie de l’agriculture familiale. Tout cela se passe dans le contexte du comité, la 35e session du Comité des pêches.

Mr Naseegh Jaffer Forum mondial des populations de pêcheurs (WFFP)

Le sommet de la pêche artisanale a été incroyablement utile parce qu’elle a en fait réuni des gens qui n’ont pas pu travailler ensemble pendant longtemps, en partie à cause du Covid 19.  Mais le plus gros gain pour moi c’est que cette rencontre en personne nous permet de reconstruire la solidarité entre tous les représentants de la pêche artisanale à travers le monde et ça c’est du solide. La solidarité est essentielle et nous permet de partager des expériences. C’est la chose la plus importante qui rend notre lutte plus forte et plus profonde et que nous pourrons faire des progrès dans les années à venir. C’est utile que ça se passe pendant l’année de la pêche artisanale 2022, mais le problème, c’est qu’il n’y a qu’un an qu’on commence et puis ça se termine. Je pense donc que le défi pour nous maintenant est que nous devons examiner comment nous pouvons prolonger les gains de l’IYAFA pendant encore deux ans et plus. ce serait donc une étape importante à franchir.

Mr  Carsten Pedersen from Transnational Institute (TNI)

Le sommet de la pêche artisanale est donc important et l’espace a été important de se reconnecter, de renforcer la solidarité, de revisiter les avions et de développer de nouvelles idées sur la manière de poursuivre le travail sur les lignes directrices à petite échelle. Ainsi, l’un des accords qui sont sortis de la réunion est que l’I.P.C. élabore un plan d’action afin de renforcer la plate-forme de l’I.P.C. et afin que l’I.P.C. puisse avoir une coopération plus constructive et meilleure avec le Département des pêches à l’avenir. . Donc je pense que c’est ça la chose la plus importante de cette réunion.

Mr Cairo Laguna
FEDERACION NICARAGUENSE DE LA PESCA, R.L and CO-PRESIDENT WFF (NICARAGUA)

Je viens du Nicaragua et nous participons aujourd’hui à cet effort que la Plateforme Internationale pour la Pêche Artisanale doit adopter notre approche en tant que secteur productif. Devant le Comité mondial des pêches de la FAO.

Mme Lena westland, International Fisheries Analyst, FAO Rome

Je suis fière de l’organisation du sommet de la pêche artisanale. Pendant ces jours, on a eu presque cent personnes de quarante et un pays. Je pense qu’ils se sont réunis et ça a été une très bonne occasion pour discuter, pour faire des échanges, des expériences et de parler comment on pourrait travailler ensemble dans le futur pour faire avancer la pêche artisanale. Et je pense que cette collaboration est essentielle pour qu’on puisse mettre en œuvre les directives et c’est une tâche pour nous tous :  les gouvernements, pour les organisations de pêcheurs et travailleurs des pêches et aussi pour les organisations de la FAO, les ONG et tous ceux qui sont dans la pêche artisanale.

Mme Nedwa Moctar Nech
La présidente de l’ONG 2000 ( Mautitanie)

Les directives sont adressées aux gouvernements, la société civile et l’ensemble des acteurs de la pêche artisanale. Mais les gouvernements ont le dernier mot, car c’est eux qui font la politique de pêche. Alors s’il n’y a pas un engagement du gouvernement, pour la mise en œuvre, on n’aura  pas les résultats escomptés. Donc ce qu’on souhaite et que les gouvernements travaillent ensemble avec l’ensemble des acteurs de la pêche, que ce soit des professionnels ou des organisations d’appui des acteurs de la pêche. Il faut qu’ils travaillent côte à côte avec l’administration des pêches parce que le dernier mot revient à eux par rapport à l’impact de ces directives