Réunis à Dakar du 20 au 22 avril 2026, experts, décideurs et acteurs du secteur halieutique prennent part à un atelier régional initié par Union africaine à travers son bureau technique UA-IBAR. Cette rencontre vise à renforcer les capacités en matière de gestion et de gouvernance des aires marines protégées, confrontées à d’importants défis en Afrique de l’Ouest.
À Dakar, la gouvernance des océans s’impose comme une priorité régionale face à l’intensification des pressions qui s’exercent sur les écosystèmes marins. Surpêche, changement climatique, dégradation des habitats côtiers : autant de menaces qui fragilisent les ressources halieutiques et rendent indispensable une action coordonnée à l’échelle sous-régionale. C’est dans ce contexte que s’ouvre un atelier visant à transformer la gestion des aires marines protégées, considérées comme des outils essentiels de préservation et de développement durable.
Ouvrant les travaux, le colonel Momar Sow, directeur des aires marines communautaires protégées, représentant le ministre sénégalais de l’Environnement et de la Transition écologique, a rappelé l’importance stratégique des océans pour les États côtiers. Insistant sur leur double rôle économique et alimentaire, il a souligné que la mer constitue un véritable « poumon économique » et un pilier de la sécurité alimentaire. Le Sénégal, a-t-il précisé, s’engage dans une nouvelle dynamique à travers la validation prochaine de sa stratégie nationale 2026-2030, qui mettra l’accent sur les AMP transfrontalières et la haute mer, en perspective du Congrès mondial des AMP prévu en 2027.
Dans la même dynamique, les représentants de l’UA-IBAR ont insisté sur la nécessité d’une gouvernance collective des ressources marines. Selon eux, aucune aire marine protégée ne peut atteindre son efficacité si elle est gérée de manière isolée. La coopération régionale apparaît ainsi comme un levier essentiel, notamment dans le cadre de la stratégie africaine pour l’économie bleue, portée par l’Union africaine.
Malgré les progrès enregistrés dans la création d’AMP, leur efficacité réelle demeure limitée. Plusieurs intervenants ont relevé des insuffisances structurelles, notamment en matière de planification, de coordination et surtout de financement. Le déficit d’autonomie financière constitue l’un des principaux obstacles à une gestion efficace et durable de ces espaces. Sans ressources stables, les dispositifs de surveillance, de gestion participative et de conservation restent fragiles.
Pour la Commission sous-régionale des pêches, les AMP représentent pourtant des piliers essentiels de la résilience climatique. Le renforcement des capacités humaines apparaît dès lors comme une condition incontournable pour transformer les engagements politiques en résultats concrets sur le terrain.
La question de la gouvernance transfrontalière s’impose également avec acuité. Les experts soulignent que les ressources halieutiques ne connaissent pas de frontières administratives, ce qui rend indispensable une coordination renforcée entre les États. L’absence de véritables AMP transfrontalières structurées constitue à cet égard une faiblesse majeure de la région. Une approche harmonisée, intégrant les communautés locales, les femmes et les jeunes, est ainsi fortement recommandée.
Les partenaires techniques et financiers, dont l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), réaffirment leur engagement en faveur du renforcement des institutions et de la mise en place de mécanismes de surveillance efficaces. L’objectif est de faire des AMP de véritables instruments de conservation, mais aussi de croissance inclusive.
Sous la conduite des experts de l’UA-IBAR, les travaux de l’atelier abordent plusieurs thématiques essentielles, allant de la gouvernance inclusive des AMP à l’analyse des cadres juridiques internationaux, notamment l’Accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ). L’intégration de la résilience climatique dans les stratégies de conservation figure également parmi les priorités.
Au terme des échanges, des recommandations seront formulées afin de renforcer la gestion durable des océans et d’en faire un véritable moteur de prospérité pour les populations africaines. L’atelier, qui se clôturera par une visite de terrain dans une aire marine protégée sénégalaise, permettra aux participants d’observer des modèles de gestion locale et de s’inspirer des expériences réussies.
Dans un contexte marqué par des défis environnementaux croissants, cette rencontre de Dakar apparaît ainsi comme une étape déterminante vers une gouvernance plus intégrée, plus inclusive et plus durable des espaces marins en Afrique de l’Ouest.