PÊCHE ET AQUACULTURE EN AFRIQUE : L’HEURE DES RÉFORMES DÉCISIVES A SONNÉ

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À Addis-Abeba, la clôture du projet FishGov2 relance le débat sur la gouvernance des ressources halieutiques, la pérennisation des acquis et l’amélioration des conditions de vie des communautés de pêcheurs.

L’Afrique entend franchir une nouvelle étape dans la transformation de son secteur halieutique et aquacole. Réunis le 22 octobre dernier à Addis-Abeba, en Éthiopie, à l’occasion d’un dialogue ministériel de haut niveau et de la dernière réunion du comité de pilotage du projet FishGov2, des responsables gouvernementaux, des institutions continentales et des partenaires techniques et financiers se sont penchés sur le bilan des réformes engagées et les perspectives de leur pérennisation.

Au cœur des échanges : la nécessité de renforcer les mécanismes de gouvernance, d’améliorer la gestion durable des ressources halieutiques et de faire de la pêche et de l’aquaculture de véritables leviers de sécurité alimentaire, de création de richesses et de développement socioéconomique.

“Le cri d’alerte du Ghana : des ressources importantes, des communautés toujours pauvres”

L’une des interventions marquantes du dialogue ministériel est celle de la ministre ghanéenne des Pêches et de l’Aquaculture, Son Excellence Emelia Arthur, qui a attiré l’attention sur le paradoxe entre le potentiel économique du secteur et la précarité persistante des communautés qui en dépendent.

« Alors que les communautés qui font vivre ce secteur demeurent pauvres, cette réalité exige un changement fondamental dans la place que nous accordons à la pêche et à l’aquaculture parmi nos priorités nationales et continentales de développement », a-t-elle déclaré.

Cette prise de position remet au centre des politiques publiques la question de l’impact social des réformes sectorielles. Au-delà de la conservation des ressources et de l’amélioration des performances économiques, la transformation du secteur doit également se traduire par une amélioration tangible des revenus, des moyens de subsistance et des conditions de vie des populations riveraines et des communautés de pêcheurs.

FishGov2 : capitaliser les acquis pour consolider la gouvernance

Financé par l’Union européenne, le projet FishGov2, consacré à l’amélioration de la gestion durable des pêches et au développement de l’aquaculture en Afrique, s’inscrit dans une dynamique de réforme accélérée du secteur.

La dernière réunion de son comité de pilotage a été consacrée à l’examen des réalisations, des bonnes pratiques, des enseignements tirés et des contraintes rencontrées au cours de sa mise en œuvre.

Les travaux ont notamment associé le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-IBAR), l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA).
L’enjeu de cet exercice de capitalisation est de favoriser l’appropriation institutionnelle des acquis et leur intégration dans les dispositifs nationaux et régionaux de gouvernance des ressources halieutiques et aquacoles.
Il s’agit également d’identifier les mécanismes susceptibles de garantir la continuité des interventions au-delà du cycle de financement du projet.

Un dialogue ministériel pour accélérer la transformation du secteur

Le dialogue de haut niveau s’est articulée autour des orientations stratégiques continentales, particulièrement la Déclaration de Kampala, le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
La présentation d’un programme décennal de transformation pour des pêches et une aquaculture résilientes et durables a également occupé une place importante dans les travaux.

Cette approche traduit la volonté de mieux articuler les engagements politiques continentaux avec les instruments nationaux de planification, les cadres réglementaires et les mécanismes opérationnels de mise en œuvre.

Pérennisation des acquis : le défi de l’après-FishGov2

Au-delà du bilan technique, la dernière réunion du comité de pilotage a accordé une attention particulière à la stratégie de sortie du projet et à la durabilité des interventions.

La clôture de FishGov2 ouvre ainsi une nouvelle séquence pour la gouvernance des pêches et de l’aquaculture en Afrique.
Le défi ne réside plus uniquement dans la formulation de politiques ambitieuses, mais dans leur traduction en interventions concrètes, mesurables et durables.
Dans un contexte où les ressources halieutiques jouent un rôle essentiel dans l’alimentation, l’emploi et les économies locales, l’amélioration de la gouvernance devra également répondre aux attentes des communautés directement tributaires de ces activités.

Le message porté par la ministre ghanéenne prend ici toute sa dimension : la réussite des réformes ne saurait être appréciée uniquement à travers les dispositifs institutionnels mis en place, mais aussi à l’aune de leurs retombées sur les populations.

Quatre jours après la rencontre d’Addis-Abeba, une question demeure : comment transformer les acquis de FishGov2 en changements structurels capables de garantir une exploitation durable des ressources, une aquaculture compétitive et une prospérité mieux partagée ?

C’est désormais sur ce terrain que se jouera la crédibilité des ambitions africaines en matière de gouvernance halieutique.