LA COMHAFAT AU CŒUR DE LA DIPLOMATIE MARITIME AFRICAINE : LE BÉNIN PORTÉ À LA PRÉSIDENCE DE LA COMMISSION BALEINIÈRE INTERNATIONALE
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L’élection du Dr Urbain T.A.S. Brito à la présidence de la Commission baleinière internationale (CBI) marque une victoire diplomatique pour le Bénin et une avancée significative pour l’Afrique. Elle met également en exergue le rôle stratégique de la COMHAFAT dans le renforcement de la coopération régionale, la mobilisation de l’expertise scientifique africaine et la défense des intérêts des États côtiers dans les instances internationales de gouvernance des océans.
L’Afrique renforce sa présence au sein des grandes instances internationales de gouvernance des océans. Le Dr Urbain T.A.S. Brito, commissaire du Bénin, a été élu à l’unanimité et par acclamation générale président de la Commission baleinière internationale (CBI), à l’issue de sa 70e session biannuelle, tenue du 27 septembre au 2 octobre 2026 à Hobart, en Australie. Il sera secondé par Mme Anne-Marie Svoboda, représentante de l’Union européenne et des Pays-Bas, élue vice-présidente.
Au-delà de la consécration du Bénin, cette élection représente un signal fort pour les pays africains riverains de l’Atlantique et met en évidence l’importance croissante de la Conférence ministérielle sur la coopération halieutique entre les États africains riverains de l’océan Atlantique (COMHAFAT) dans la dynamique de représentation et de coopération africaines à l’échelle internationale.
En favorisant la concertation entre ses États membres, en soutenant la participation des experts africains aux travaux scientifiques internationaux et en défendant le principe de l’utilisation durable des ressources marines vivantes, la COMHAFAT contribue à renforcer la capacité des pays africains à prendre part aux décisions qui engagent l’avenir des océans.
La 70e session de la CBI a réuni 65 pays, parmi lesquels cinq États membres de la COMHAFAT : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Cette participation témoigne de l’engagement de ces pays dans les discussions internationales relatives à la conservation des cétacés, à la gestion des ressources marines et à la préservation des écosystèmes océaniques. Elle illustre également l’intérêt d’une présence africaine coordonnée dans les enceintes où se négocient des orientations susceptibles d’avoir des conséquences importantes sur les politiques maritimes et halieutiques des États côtiers.
Pour la COMHAFAT, l’enjeu dépasse la simple représentation institutionnelle. Il s’agit de permettre à ses États membres de faire entendre leurs préoccupations, de mieux coordonner leurs positions et de contribuer activement aux processus internationaux de décision. Dans un contexte où les politiques de conservation et de gestion des ressources marines suscitent parfois des divergences importantes, la coopération régionale constitue un levier essentiel pour défendre les intérêts des pays côtiers africains et mieux prendre en compte leurs réalités économiques, sociales et environnementales.
L’action de la COMHAFAT se traduit également par un soutien concret au développement des capacités scientifiques africaines. En avril 2026, l’organisation a financé la participation de plusieurs scientifiques issus de ses États membres aux travaux du Comité scientifique de la CBI, organisés en Slovénie. Cette initiative témoigne de sa volonté de renforcer la présence des compétences africaines dans les espaces où sont examinées les données scientifiques qui éclairent les décisions relatives aux ressources baleinières et aux écosystèmes marins.
La participation des scientifiques africains favorise les échanges d’expertise, améliore la compréhension des enjeux de conservation et de gestion et contribue au renforcement des capacités nationales en matière de recherche marine. Pour les pays membres de la COMHAFAT, cet engagement est particulièrement important : les décisions internationales doivent s’appuyer sur des données scientifiques robustes tout en tenant compte des réalités des pays côtiers, notamment de leur dépendance aux ressources marines pour la sécurité alimentaire, l’emploi et les revenus des populations.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité de la Déclaration d’Abidjan, adoptée en avril 2025 lors de la 11e Conférence des ministres de la COMHAFAT, qui a réaffirmé la détermination des États membres à renforcer leur positionnement au sein des organisations internationales chargées de la gestion des pêches et des ressources marines. L’élection du président béninois à la tête de la CBI constitue, dans cette perspective, une avancée significative pour la visibilité diplomatique de l’Afrique et souligne l’importance d’une coopération régionale structurée.
La 70e session de la CBI s’est déroulée dans un contexte particulier, alors que l’organisation, créée en 1948, célébrait son 80e anniversaire. Malgré les divergences persistantes entre ses membres sur les politiques de conservation et l’utilisation des ressources baleinières, la session a permis plusieurs avancées institutionnelles. Les participants ont adopté par consensus un Code de conduite destiné à encadrer les travaux de la Commission et de ses organes subsidiaires. Ils ont également approuvé la « Déclaration de Hobart », première prise de position collective de la CBI sur son rôle, son histoire et son avenir.
La création d’un groupe de travail ad hoc chargé de proposer des solutions juridiques à la question récurrente de l’interprétation du quorum constitue une autre avancée importante pour le fonctionnement de l’organisation. Cette initiative vise à contribuer à une meilleure clarification des règles qui encadrent les décisions de la Commission.
Les discussions ont toutefois révélé des désaccords sur plusieurs propositions de résolutions, dont certaines ont été soumises au vote en l’absence de consensus. Les projets concernant le commerce mondial des vessies natatoires de baleines et les prises accessoires de cétacés menacés, ainsi que la prévention des collisions entre navires et cétacés, ont notamment donné lieu à des débats. La proposition de création d’un sanctuaire pour les baleines dans l’Atlantique Sud a, pour sa part, été une nouvelle fois rejetée. Deux autres projets, relatifs aux captures ciblées de petits cétacés liées à la pêche commerciale et à un programme de conservation et de gestion des stocks de baleines visant leur utilisation durable, ont été retirés par leurs promoteurs.
En revanche, la résolution relative aux échouages de cétacés a été adoptée par consensus. Elle reconnaît l’intérêt scientifique des informations recueillies sur les animaux échoués, notamment pour la surveillance des écosystèmes et l’analyse des données biologiques et sanitaires, tout en encourageant une meilleure collaboration entre les comités de la CBI concernés.
Sur le plan financier, le budget de la Commission pour la période 2027-2028 a été adopté par vote, avec une augmentation de 3 %, après des divergences entre les pays favorables à une hausse annuelle de 4,5 % et ceux qui préconisaient le maintien du budget à son niveau antérieur.
Au cours de cette session, les pays africains membres de la CBI, aux côtés des pays des Caraïbes et du Pacifique, ont réaffirmé leur soutien au principe de l’utilisation durable des ressources marines vivantes et à des décisions fondées sur des arguments scientifiques solides. Cette orientation rejoint les priorités défendues par la COMHAFAT, qui rappelle que les ressources marines jouent un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire, la stabilité sociale et la création d’emplois.
Pour de nombreuses communautés côtières africaines, la mer représente une source fondamentale de revenus, d’alimentation et d’activités économiques. Les politiques internationales de gestion des ressources marines ont donc des conséquences directes sur les conditions de vie des populations. La COMHAFAT défend ainsi une approche qui associe la préservation des écosystèmes, l’exigence scientifique et la prise en compte des besoins socioéconomiques des États côtiers. L’objectif est de promouvoir une gouvernance équilibrée des océans, fondée sur les connaissances scientifiques et attentive aux réalités des populations qui dépendent directement des ressources marines.
L’élection du Dr Urbain T.A.S. Brito ouvre désormais une nouvelle séquence pour la représentation africaine au sein de la Commission baleinière internationale. Son mandat de deux ans intervient à un moment sensible pour l’avenir de l’organisation, qui doit continuer à favoriser le dialogue entre des pays aux positions parfois opposées. Pour le Bénin, cette élection constitue une reconnaissance internationale. Pour les autres États africains engagés dans les travaux de la Commission, elle représente une occasion de renforcer leur participation aux débats sur la gestion des ressources baleinières.
Pour la COMHAFAT, cette évolution confirme surtout la pertinence d’une stratégie fondée sur la coopération régionale, le développement des compétences et une participation active aux organisations internationales. En soutenant l’expertise scientifique africaine, en favorisant la concertation entre ses États membres et en défendant une utilisation durable des ressources marines vivantes, l’organisation contribue à faire entendre les priorités des pays africains riverains de l’Atlantique.
L’élection du président béninois ne suffira pas, à elle seule, à résoudre les divergences qui traversent la CBI. Elle constitue néanmoins une occasion importante de consolider le dialogue international, de renforcer la coopération et d’accroître la visibilité des priorités africaines.
Pour la COMHAFAT et ses États membres, l’enjeu est désormais de transformer cette reconnaissance diplomatique en une participation africaine toujours plus forte aux décisions internationales qui façonneront l’avenir des océans, la durabilité des ressources marines et le bien-être des communautés côtières.
La présidence du Dr Urbain T.A.S. Brito représente ainsi une opportunité pour le Bénin, pour les États membres de la COMHAFAT et, plus largement, pour l’Afrique. Elle rappelle que la solidarité régionale, l’expertise scientifique et la coopération internationale constituent des leviers essentiels pour défendre les intérêts du continent et promouvoir une gouvernance des océans plus équilibrée, responsable et durable.
