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L’Afrique serre les rangs pour sauver ses ressources halieutiques

Coopération Reportages

L’Afrique serre les rangs pour sauver ses ressources halieutiques

Léonce Aissoun
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À Mombasa, l’AU-IBAR mobilise les États africains autour d’une gouvernance concertée des pêches et de l’aquaculture, avec l’appui de l’AUDA-NEPAD, pour faire des données scientifiques un levier de sécurité alimentaire, de résilience climatique et de développement de l’économie bleue.

Face à la surexploitation des ressources halieutiques, aux effets du changement climatique et aux défis croissants de la sécurité alimentaire, l’Afrique mise sur une gouvernance fondée sur la science et la coopération régionale. C’est le message fort qui a marqué l’atelier continental sur l’harmonisation des politiques de pêche et d’aquaculture organisé à Mombasa par le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (AU-IBAR), avec la participation de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD).

Réunissant les États membres de l’Union africaine, les Communautés économiques régionales, les institutions de recherche, les partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants du secteur privé, cette rencontre visait à renforcer l’appropriation des politiques continentales et à transformer les résultats de plusieurs années de recherche en recommandations concrètes pour une gestion durable des ressources aquatiques.

S’exprimant au nom de la Directrice de l’AU-IBAR, Helen GUEBAMA, spécialiste des pêches et de l’aquaculture, a rappelé que l’Union africaine accompagne les États membres dans la mise en œuvre d’une gouvernance intégrée, durable et fondée sur des données scientifiques fiables.

Selon elle, l’atelier avait pour objectif de renforcer l’appropriation du Cadre politique et de la Stratégie de réforme pour les pêches et l’aquaculture en Afrique, principal instrument continental qui définit les orientations communes pour une exploitation responsable des ressources halieutiques.

« L’objectif est d’amener les pays africains à parler le même langage en matière de gestion des ressources halieutiques et aquacoles afin de garantir leur durabilité au bénéfice des générations présentes et futures », a-t-elle déclaré.

Au cœur des discussions figurait également la promotion de la Base de données africaine sur les pêches et l’aquaculture, un outil destiné à harmoniser les informations sur les captures, la production aquacole, le commerce, l’emploi et les indicateurs socio-économiques. Pour l’AU-IBAR, la disponibilité de données fiables constitue un préalable indispensable à l’élaboration de politiques publiques efficaces et à une exploitation durable des ressources.

L’institution a également rappelé que la stratégie continentale repose sur plusieurs priorités, notamment la conservation des ressources halieutiques, le développement de la pêche artisanale, la promotion d’une aquaculture durable, le renforcement du commerce des produits halieutiques, l’amélioration de la gouvernance des pêches en haute mer ainsi que la sensibilisation à l’importance stratégique du secteur.

À ces priorités s’ajoutent des enjeux transversaux majeurs tels que l’intégration du genre, l’implication des jeunes, l’adaptation au changement climatique, la préservation de la biodiversité aquatique et le développement des investissements privés dans l’économie bleue.

Le NEPAD apporte les preuves scientifiques au service des politiques publiques

Partenaire de l’atelier, l’AUDA-NEPAD a présenté les résultats de plusieurs études réalisées dans le cadre du projet FISHGOV (Fisheries Governance), financé par l’Union européenne.

Intervenant au nom de l’agence, Bernice MacLean, chargée principale de programme pour l’économie bleue, a expliqué que ces travaux, conduits au cours des cinq dernières années, avaient permis de produire des données probantes destinées à orienter les décisions des gouvernements africains.

« L’objectif de cet atelier n’était pas seulement de présenter les études, mais aussi de permettre aux États membres, aux Communautés économiques régionales et aux autres parties prenantes de les examiner, de les enrichir et de valider les recommandations qui guideront les prochaines actions », a-t-elle indiqué.

Parmi les principales études présentées figure une évaluation de l’alignement des politiques nationales de pêche et d’aquaculture sur le Cadre politique et la Stratégie de réforme pour les pêches et l’aquaculture en Afrique. Cette analyse mesure les progrès accomplis par les pays dans la mise en œuvre des objectifs continentaux tout en identifiant les domaines nécessitant des efforts supplémentaires.

Le NEPAD a également présenté une étude continentale sur l’état des évaluations des stocks halieutiques. Celle-ci met en évidence les disparités entre les régions africaines en matière de données scientifiques, tout en soulignant les lacunes qui freinent une gestion durable des ressources.

D’autres études ont porté sur les effets du changement climatique sur les pêches et l’aquaculture, la contribution de l’économie bleue à la sécurité alimentaire et à la nutrition, l’intégration du genre dans les chaînes de valeur halieutiques ainsi que la préservation de la biodiversité aquatique.

Des outils innovants pour renforcer les capacités des États

Au-delà de la recherche, l’AUDA-NEPAD mise sur l’innovation pour renforcer les capacités des administrations africaines.

Bernice MacLean a annoncé le développement d’une application numérique qui permettra aux pays d’évaluer eux-mêmes la valeur économique de leurs secteurs de la pêche et de l’aquaculture.

Cet outil repose sur la méthodologie d’une étude de référence réalisée en 2014, qui avait révélé que la valeur réelle des pêcheries africaines était quatre à six fois supérieure aux estimations initiales, atteignant près de 24 milliards de dollars américains.

Adaptée aux données aujourd’hui disponibles, cette plateforme numérique permettra aux États de mesurer avec davantage de précision la contribution du secteur à leurs économies, de mieux orienter les investissements publics et privés et d’améliorer leurs processus nationaux de planification.

Une vision commune pour l’économie bleue africaine

L”AU-IBAR et l’AUDA-NEPAD entendent accélérer la transition vers une économie bleue durable, capable de préserver le patrimoine halieutique africain, de renforcer la sécurité alimentaire, de créer des emplois décents et d’assurer des moyens de subsistance durables aux millions de communautés qui dépendent des ressources aquatiques sur le continent.

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